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PETITE ENFANCE : Investir dans l’avenir 20 décembre, 2006

Posté par sd38 dans : Propositions , trackback

Au cœur du malaise français, l’inégalité des chances, n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. On naît à Neuilly avec la promesse de réussir, à Vaulx-en-Velin, avec une forte probabilité d’échouer : statistiquement, les jeux sont faits. Pour établir une égalité réelle, l’école est un instrument décisif. Mais la réussite scolaire se joue dès la petite enfance.

Or les inégalités se manifestent dès le plus jeune âge, premières traces d’un fossé qui, d’année en année, ne va cesser de se creuser. A la maternelle, la maîtrise du langage varie très nettement selon les origines sociales. A l’entrée du CP, les enfants de cadres réussissent 8 exercices sur 10, les enfants d’ouvriers et de chômeurs à peine 6 sur 10.

L’échec scolaire, qui stigmatise, exclut et préfigure un parcours professionnel et humain chaotique, trouve sa source dans ces inégalités du premier âge. La capacité à apprendre, le « capital cognitif », se trouve ainsi dès l’origine très inégalement distribué. Il est pourtant déterminant dans la réussite scolaire, et plus encore aujour’hui qu’hier dans un système économique qui nécessite d’exercer plusieurs métiers tout au long de sa vie, et donc de pouvoir se former aussi à l’age adulte.

Ces inégalités de capital cognitif ont deux sources. L’environnement culturel d’abord : un enfant moins stimulé intellectuellement et qu’on abandonne devant la télévision réussira moins bien. Les conditions d’existence ensuite, en particulier les inégalités sanitaires, qui handicapent sérieusement l’apprentissage des enfants issus des milieux modestes. Il y a ainsi un tiers de troubles de vision non repérés en plus dans les familles pauvres, deux fois plus de cas d’obésité et de problèmes dentaires non soignés dans les ZEP.

Propositions:

LA PHILOSOPHIE : « INVESTIR DANS LES BEBES »Nous devons créer un service public de la petite enfance, afin de permettre à tous d’acquérir le capital cognitif nécessaire dans la vie.

La logique est simple : il ne faut pas laisser les inégalités se développer, et essayer de les corriger après coup ; il faut les attaquer en amont, à la racine. Des études américaines sur trente ans, lancées par JF.Kennedy et L.Johnson, ont montré des résultats exceptionnels : un soutien lors de la petite enfance même très court, sur un ou deux ans, permet aux enfants de familles modestes de retrouver les résultats scolaires et le taux d’accès aux universités des familles aisées. C’est sur cette base que Bill Clinton a lancé les programmes Head Start pour la petite enfance.

ILLUSTRATIONS PROGRAMMATIQUES

Le service public de la petite enfance passe d’abord par un suivi pédagogique renforcé. Propositions :

La généralisation des crèches. Il faut développer les crèches municipales, associatives, parentales, en entreprise : tout enfant a droit à une prise en charge collective.

L’abaissement de l’âge de scolarisation obligatoire. La scolarité obligatoire est fixée à six ans. Mais dans les quartiers aisés, la scolarisation effective commence à trois ans. Le taux de scolarisation entre trois et six ans baisse fortement en fonction des territoires, pour tomber en-dessous de 50% dans les banlieues défavorisées.

Un suivi pédagogique orienté vers le rattrapage des retards de capital cognitif. Par exemple, au CP, avec la création d’« instituteurs volants », non affectés à une classe, et chargés d’offrir du soutien pédagogique aux enfants en difficulté d’apprentissage.

Le service public de la petite enfance passe aussi par un suivi pédiatrique. La France est très en retard : à peine une infirmière de santé scolaire pour 1840 élèves en maternelle ! Trois pistes :

Un suivi médico-social pédiatrique personnalisé. Chaque enfant devra bénéficier de ce suivi pour pouvoir repérer en temps réel les maladies et troubles de développement susceptibles de limiter son apprentissage – problèmes de vue, douleurs dentaires, mauvaise alimentation…

Un dossier médical personnel pour tous les enfants de 0 à 9 ans. On l’a créé pour les adultes, mais pas pour les enfants, alors que ce sont eux qui en ont le plus besoin.

Le remboursement par la sécurité sociale de toutes les consultations pédiatriques – orthophonistes, psychologues pour enfants…

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